- Préserver - Inventorier les graffitis des soldats - Inventorier les sites redevenus accessibles - Ne pas taire le pillage et le saccage - Documenter pour faciliter la quête des familles -

 

Préserver

 

Depuis plus de 25 ans les membres de l'association chassent le graffiti, mesurent, dessinent, archivent.

La préservation des sites a été menée avec efficacité, dans la mesure des moyens et de la disponibilité des chercheurs de l'association. La région de Soissons dispose d'un atout de premier ordre: Confrécourt, un site sans doute unique qu'il convenait de préserver en priorité.

Le premier "succès" fut l'inscription du site à l'inventaire des monuments historiques, comprenant l'ancienne ferme, la carrière du 1er Zouaves, la carrière de l'hôpital et le monument de la Croix Brisée.



Photo : Entrée de la carrière du 1er Zouaves en 1916

 

 

 

Des monuments ont été rénovés, nettoyés, mis en valeur et très souvent les communes ont pris le relais pour en assurer l'entretien. L'exemple parfait en est la restauration de la Croix Brisée sur le plateau de Nouvron près de la ferme de Confrécourt.

 

 

Tous ces efforts ont été couronnés par le prix des chantiers de bénévoles 92. L'intérêt pour notre association va grandissant, à l'image des différentes assemblées générales, expositions, visites découvertes des villages et bien sûr, notre participation au projet d'aménagement touristique d'une carrière à Berny Rivière, projet en partenariat avec la communauté des Communes de la Vallée de l'Aisne.

Ainsi des carrières ont pu être protégées contre le vandalisme par la pose de grilles qui s'ouvrent régulièrement (sur demande auprès de l'association) :

Photographie avec l'aimable autorisation de  François Bayeux

De même,quelques pierres tombales perdues ont pu être mises à l'abri des intempéries...

 

 

Inventorier les graffitis des soldats

 

Région Sud-Ouest de Soissons

Chaudun est un village connu pour son monument Louis Jaurès, fils de Jean Jaurès, et sa plaque commémorant le premier engagement des chars Renault en 1918… mais c’est oublier des sites originels où vécurent les soldats, comme les carrières du secteur Sud-ouest de Soissons.

Entrons dans quelques-unes de ces carrières et marchons sur les traces laissées par les combattants. Notre équipe d’explorateurs de mai 2016 a choisi quelques graffitis parmi ceux observables et vous en livre ici quelques éléments déchiffrables.

Graffiti au crayon du soldat « Pierre Clair, classe Poitiers 1895 », soldat de 2e classe, du 68e Régiment d’infanterie (17e DI) présent dans le secteur de Chaudun début août 1918. Soldat affecté à la 8e Section d’Infirmiers Militaires (SIM).
Table annuelle Poitiers, 1895, des Archives départementales de la Vienne, où figure Pierre Clair avec son numéro matricule de recrutement (28).
Fiche matricule de Pierre Clair né le 17 avril 1875.
Pierre incisée en format proche du blason avec notamment «11e colonne légère».
Détail du graffiti «11e colonne légère du 101e RAL».
Le 10 septembre 1918 la 11e colonne légère du 101e RAL,70e DI, arrive à Chaudun, le 11 septembre elle quitte Chaudun (extrait du JMO). Elle ne passe donc qu’une journée, mais se signale sur la pierre.
Graffiti au crayon «5e Train, 21e compagnie, 55e Division, Valentin Touchard charron, Georges Marmagne mécanicien, 20 février 1915, en promenade de guerre».
Graffiti au crayon porche du précédent «5e Train, 21e compagnie, V. Touchard charron, G. Marmagne mécanicien, le 20 février 1915, en ballade».
JMO du 5e Train des Equipages, 21e Compagnie, de passage à Chaudun entre le 21 janvier 1915 et le 9 mars 1915.
Fiche matricule de Georges Marmagne, 5è escadron territorial du Train des Equipages, né le 13 janvier 1879.
Graffiti de l’aviateur «Madala(c), 1917» avec l’insigne des ailes déployées. Le terrain d’aviation est à proximité justement.
Forage d’aération en ciel et sa mention manuscrite.
Graffiti au crayon proche du ciel, mentionnant le forage d’aération effectué : «forage de 11m exécuté par la compagnie 14/5 du 4e Génie, Sergent Barbier».
Graffiti «1579» proche du ciel, témoin vraisemblable d’un sous-creusement postérieur et "Frison, Célestin Baless...".
Elargissons un peu le champ pour observer au passage ce que recèlent ces carrières.
Graffiti au crayon mettant en valeur un casque à cimier.
Graffiti au noir de fumée «Mege 32e artillerie, 16e Section Munition». Cette 16° SIM du 32° RA appartenait aux éléments organiques du 37° Corps d'Armée et cette section supportait le Groupe d'Artillerie en 95 mm du 32° RAC, organiquement affecté au 37° CA. Elle s'installe dans une ferme du plateau soissonnais en octobre 1916.
Graffiti en ciel au noir de fumée «Lécaillon Paul 189 C, 1914». On aurait pu penser à 1896 comme date de naissance, mais le "C" semble plus lisible.
Graffitis au crayon «68e Poitiers», «Schikyr 5 / 27». Sans mention de Division, la recherche d'information reste difficile.
Graffiti en noir de fumée en ciel «Liénar Fernand», propriétaire de la carrière au milieu du XXè siècle (déporté et mort à Dachau nous expliquent les habitants).
Graffiti du carrier «Langlois François» en rouge superposé notamment au graffiti au crayon «au passage des Bretons le 23 mars 1915».
Niche surmontée d’une croix proche du ciel avec graffiti au crayon «1588… ».
Enfin, ouvrons grand l’objectif et montrons un peu le site où restent ces précieux témoignages.
Les parties creusées au plus loin de l’entrée principale.
Concrétion avec gour inférieur qui réceptionne le trop plein des gours situés au-dessus.
Isolateurs, vestiges de l’installation téléphonique du cantonnement des troupes.
Accès principal.
Cavité secondaire de petite dimension.

 

 

Inventorier les sites redevenus accessibles

 

Avril 2018, un effondrement au Chemin des Dames, une visite des lieux a été organisée.

 

Une fois de plus le téléphone résonne à Confrécourt pour un appel proposant aux équipes de Soissonnais 14-18 d'aller découvrir ce que l'effondrement du sol a rendu  accessible.

Cette fois c'est un agriculteur au Chemin des Dames qui appelle.

Son émotion se mesure à la taille du trou s'étant ouvert sous les roues de son tracteur. Il a pu poursuivre sa trajectoire sans verser car ses flèches étaient déployées et permettaient une emprise suffisante en surface.

Cordes déployées et protections fixées, restait à descendre et explorer précautionneusement la béance  instable le 12 avril 2018.

La partie souterraine rendue ouverte se révéla cette fois peu captivante: ni graffiti, ni vestige particulier. L'espace se révèla  être un ancien abri à deux accès, au bord du versant boisé.

Les recherches menées dans les JMO des unités passées en ce lieu fournissent une bribe explicative. Des abris sont dessinés  sur les croquis entre le 14 et le 27 juin 1917 à l'endroit exact de l'effondrement.

 

Mars 2016, un accès en carrière s'ouvre au milieu des champs, sur la 1ère ligne.

 

L'équipe d'inventaire a mené en urgence une descente pour explorer la cavité: la découverte est importante, les graffitis complètent les connaissances du secteur déjà bien documenté.

Le rebouchage mené, les relevés topographiques, photographiques et pariétaux sont précieusement archivés.

 

Bravo Xavier, François, Hervé, Philippe, Stéphanie, Nathalie et Enzo!

 

Septembre 2017, un effondrement de terrain dans un talus rouvre un accès en carrière.

Le propriétaire du terrain sur une commune de la ligne de front de l'Aisne occupée par les Allemands pendant le conflit a signalé à l'association l'ouverture d'un accès en carrière dans son talus, suite à un affaissement de terrain.

Depuis l'effondrement initial, il avait remarqué des pierres assemblées et pressenti là l'ancien accès à un morceau de carrière inaccessible depuis l'autre partie de sa propriété.

Le propriétaire nous a contacté en nous montrant l'accès ré-ouvert et nous invitait à venir inspecter le site souterrain ainsi redevenu accessible. Merci

L'éventration du talus laissait bien entrevoir une descente.

Une équipe de bénévoles de l'association a donc pris en charge l'exploration du lieu pour permettre au propriétaire de reboucher le trou et éviter des accidents. Des échelles ont permis, une fois le trou élargi, de descendre en intérieur sans installer des cordes.

Mais aucun graffiti n'orne les encadrements appareillés de cette ancienne sortie de la carrière.

Le site se révèle étroit et peu engageant...

... avec un vestige de tôle galvanisée laissé le long d'une paroi...

...non loin d'un niche travaillée a priori par des occupants de la carrière et non des carriers.

En ciel, un reste de puits solidement rebouché il y a longtemps.

La mission est terminée et l'accès n'est plus tel; l'entrée est refermée et le talus reformé en terre.

 

NE PAS TAIRE LE PILLAGE ET SACCAGE


En 80 ans: un quart des témoignages a disparu.

 
Un des principaux facteurs: le vandalisme.

Bêtise ou ignorance, revente sont à "l'oeuvre", une plaie.
 
La presse titre: "Arrêtez le massacre" des pierres ont été sciées, détruites... en toute impunité.

La loi du 27.9.41 (réactualisée en 80/81) sur les fouilles et les arrêtés préfectoraux des 11.3.81 et 19.4.81 sur l'usage des détecteurs de métaux sont constamment bafoués.

Janvier 1998: le pillage continue... De nombreuses sculptures viennent d'être découpées.

Des plaintes ont été déposées... La gendarmerie enquête.

La préservation du patrimoine n'est pas l'apanage de l'Association Soissonnais 14-18:

C'est l'affaire de tous, propriétaires, communes, intercommunalités, départements, régions, Etat.

Evoquons un exemple: un graffiti bien documenté réalisé en 1915 par un soldat allemand dans un tunnel. Le soldat a pris modèle sur une oeuvre connue signée Kurzweg et s'est lancé dans une reproduction de grande qualité. Le temps lui-même n'avait pas endommagé l'oeuvre pariétale! La lacération volontaire, elle, oui !

Photo prise avant le passage des vandales

Résultat du saccage désastreux !

La perte est irrémédiable, cliché de 2017

 

Alors que ce graffiti est bien documenté et que l'artiste souterrain prit modèle sur un dessin allemand signé Kurzweg.

Dessin reproduit à l'époque sur des cartes postales et qui ci-dessous, portait, au verso, sur une version postée le 2 mai 1917, une légende humoristique.

Rémi Hébert, sollicité une fois de plus, nous propose la traduction de ces guetteurs humoristes au horchposten / poste d'écoute:

Auguste, aperçois-tu dans l'obscurité
Briller quelque chose sur le barrage de barbelés ?
Oui, je vois la lueur bien claire,
Ce doit être un Français !
Vois-tu comme il bouge,
Comme il porte quelque chose sur la tête !
Je jure et affirme
Qu'il porte un casque d'acier !
Mon fusil est déjà chargé,
Attends un peu avec des grenades.
Français, fais ton testament
Zac.... ! - La fusée éclairante brille -
Ah la la. Ce n'est pas du tout un Français
Mais une boîte de saucisses.

Ce saccage du fac-simillé sur pierre d'une oeuvre signée Kurzweg nous pousse à prolonger l'article et montrer le talent de l'artiste.

Observons la patte de l'auteur, soucieux de réalisme, méticuleux dans le rendu du quotidien des combattants enterrés et dont le nom de dessinateur ou le patronyme - autant ne pas plus douter de ce nom  propre que de celui d'autres signataires d'oeuvres, sans s'arrêter au fait que ce nom courant serait un raccourci - se retrouve sur une petite dizaine de dessins, comme les sept ci-dessous, les plus connus et diffusés (la diffusion par l'éditeur de Nuremberg, Stroefer, est parfois évoquée quand on cherche à retrouver des oeuvres originales).

Entrée dans le terrier du blaireau, carte postale envoyée en franchise militaire en 1916 dans l'IR 53 avec le texte  jeu de mots  chez le coiffeur / barbier;

Poste dans la tranchée, carte postale oblitérée dans l'IR 106 en 1916 avec la caisse de margarine colossale.

Les poux, fourmiller, gratter, fouiller - recherche, prise, écrasement !

La vie des soldats dans la tranchée Hindenburg, carte postale, avec annotations comme  graisse de cuisson, sous forme d’enseignes, comme coiffeur et «sonner SVP»

Scènes de vies de tranchée, Saint-Souplet (Marne) 1915, carte postale;

Une sieste dans le terrier du blaireau, carte postale oblitérée du 14 juillet 1916;

En train de faire une sieste au camp, encre 1917.

Hélas, l'exemple n'est pas unique. Des oeuvres historiques majeures et rares du patrimoine ont été vandalisées en 2003 dans une carrière longuement occupée par les combattants. Ce sont d'extraordinaires blasons régimentaires allemands et inscriptions individuelles rehaussées de dessins fins qui ont font les frais des dégradations volontaires. Aujourd'hui la visite guidée et l'ouverture du site, pour les connaisseurs ou visiteurs attachés au patrimoine culturel, passe par le moment éducatif devant les dégâts et le signalement de l'imbécilité de quelques hommes, sans état d'âme pour le patrimoine et les souffrances des soldats qui ont laissé leurs traces.

La presse s'en est fait le triste écho:

 

NE PAS TAIRE LES DESTRUCTIONS

La disparition, par destruction pure, des blockhaus s'observe aussi. Quelques exemples localisés par Jérome Buttet s'en font mémoire.

Crandelain, un morceau de mémoire, n'est plus existant.

Blockhaus de Crandelain encore présent en 2013

Crouy, des morceaux de mémoire, ne sont plus existants.

Blockhaus de mitrailleuses allemand à Crouy avant sa destruction.

La nature érode mais l'homme n'est pas le dernier pour effacer cette mémoire,

Jean Luc Pamart, mars 2017

 

, Louis-Georges Bernard du 45e BCP

 

Faciliter la quête des familles pour des soldats tombés au loin, le parcours de Louis-Georges Bernard du 45e BCP

 Mme Marie-Christine Carminati suit le parcours de son grand-père,  Louis-Georges Bernard, du 5e BCP puis 45e BCP, né le 10 Août 1887 à Saint-Nazaire, décédé le1er novembre 1914 à Bucy-le-long après un passage dans le secteur de Confrécourt en septembre 1914.

Louis-Georges Bernard photographié dans son bataillon en 1912 à la caserne de la Madeleine Saint-Etienne-les-Remiremont (Vosges) [cf infra en cartes postales], dans la 4e compagnie, 2e peloton aux ordres du capitaine Coste [Louis-Georges Bernard est au 1er rang, le 2ème en partant de la droite]

Extrait de l’Historique du 45e BCP en octobre 1914

«Après le recul ennemi, il nous fallut aborder le plateau de Nouvron. Le Bataillon s’empara d’une des coupures qui le pénètrent entre Hautebraye et Vingré. Nous organisâmes ensuite une partie du plateau de Ste-Léocade entre Hautebraye et Saint-Pierre-les-Bitry. A l’Est de Soissons, le champ de nos exploits était le plateau de Vregny, profondément échancré par les ravins à pic de Chivres, du Moncel, de Bucy et de Crouy. Les pentes de ces ravins sont généralement boisées et très rapides. D’immenses creutes d’où on a extrait de la pierre qui a servi à construire villes et villages de la vallée, … »

Cartes montrant le secteur de ses derniers combats (septembre 1914 à Chevillecourt, octobre 1914 à Bucy-le-long), le lieu de sa blessure (à l’Est de Soissons, à Vregny) et le lieu de sa sépulture (près de l’église Ste-Marguerite [point rouge avec croix])

Carte montrant l’emplacement de la 8e Compagnie du Sous-Lieutenant Louis-Georges Bernard à la tranchée de l’arbre en boule où il a été blessé (Archives SHD GR26N827O180019T)

Site où le Sous-Lieutenant Bernard fut mortellement blessé photographié le 22 novembre 2016

Extrait des journaux de marche  de novembre 1914 (Archives SHD GR26N827O180017T) notant sa mort au combat à Bucy-le-Long le 1er novembre 1914.

«1er novembre: Dans la soirée le Sous-Lieutenant Bernard de la 8e Compagnie est blessé mortellement en poussant une reconnaissance à la lisière du bois. Tué de la journée: Sous-Lieutenant Bernard»

«3 novembre : Funérailles du Sous-Lieutenant Bernard qui est inhumé au cimetière de Ste-Marguerite.»

 Il a d'abord été enseveli, sommairement, dans l'enfer des combats, devant l'église Ste-Marguerite de Bucy-le-long, puis ensuite, décemment dans l'enclos paroissial, où sa veuve et ses enfants sont allés déposer un peu plus tard une plaque sur sa tombe (plaque toujours en place aujourd'hui).

 L'Association des Anciens Combattants de Bucy-le-long lui a notamment rendu un hommage en 2014.

Enclos paroissial de Bucy au pied de l'église Sainte-Marguerite, carré militaire des 6 chasseurs et tombe du Sous-Lieutenenat Louis-Georges Bernard photographiés le 22 octobre 2016.

Lettre de Mme Couvron de 1931 transmise par Mme Carminati

 

 

Sainte-Marguerite 23/11/31

                            Madame,

 
Selon la promesse faite à vous et à votre famille, je m’empresse de vous informer que le lieutenant Bernard doit être exhumé mercredi 25 novembre pour être inhumé à nouveau dans une autre place de notre cimetière avec quelques autres soldats.

Suivant votre désir, j’assisterai à cette opération pour y reconnaître et m’assurer de l’identité des corps.

J’aurais voulu en faire part aussi à la sœur du lieutenant qui me l’avait demandé.

Malheureusement, j’ai égaré son adresse et je vous serais obligée de bien vouloir la prévenir à ma place si vous le jugez utile.

Je vous demanderai aussi de bien vouloir me répéter cette adresse dans votre prochaine lettre.

Je lui ferai part du résultat de l’exhumation en même temps qu’à vous, sitôt reçue votre missive.

Vous espérant en bonne santé, ainsi que vos filles, je vous adresse, Madame, mes sincères sentiments.

                                                                  E. Couvron

 

Melle Couvron

Ste-Marguerite – Commune de Bucy-le-long (Aisne)

 

Lettre du 19 novembre 1914 rédigée par l’Aumonier qui l’a assisté dans les derniers moments de sa vie, transmise par Mme Carminati.

 

           Une campagne près Soissons le 19 novembre 1914

 

Madame,

 

         Les renseignements que l’on vous a donnés sur mon intervention auprès de mon ami, monsieur le lieutenant Bernard, sont très exacts. Par une suite de circonstances providentielles, où j’ai admiré le doigt du Bon Dieu, je me suis trouvé là au moment où on rapportait des tranchées le corps de votre mari. Au commandant qui lui exprimait toute sa sympathie et cherchait à lui donner de la confiance, il a répondu « mon commandant, je préfère que ce soit moi, plutôt que l’un de mes hommes. Vous m’avez donné l’ordre de faire faire des reconnaissances, j’y suis allé moi-même. » En arrivant à l’infirmerie du bataillon, à Sainte Marguerite près Vénizel, dans l’Aisne, je me suis approché davantage du lieutenant. Voici très exactement la conversation qui s’est engagée entre nous.

         Le lieutenant m’a demandé qui lui causait

« Leclère »
« Le sergent major de la 9e compagnie ? »
« Oui. Souffrez-vous beaucoup ? »
« Oh oui ! »
« Espérez quand même. Les maisons sont là, vous arrivez à l’infirmerie : on va vous soigner ».
« Oh ! je suis perdu ».
« Mais non. Si vous le vouliez, je pourrais cependant vous mettre en règle avec le Bon Dieu. C’est toujours prudent. »
« Oui, je veux bien. »
         Tout de suite j’ai demandé au lieutenant de faire un acte de contrition. Il a esquissé comme il l’a pu un signe de croix pendant que je lui donnais l’absolution.

         Quand ce fut fini, le lieutenant Bernard a exprimé toute sa reconnaissance.

         « Serrez-moi la main », m’a-t-il dit. Et ce faisant, j’ai pensé à le faire pour tous les siens.

         Rentré à l’infirmerie, le lieutenant Bernard expirait quelques heures après, vers 11 h du soir, au 1er novembre.

         Il repose en terre bénite au petit cimetière de Sainte Marguerite où il attend la récompense que lui doit la Patrie, en jouissant déjà de celle du Paradis des Braves.

         Tels sont, Madame, jetés en hâte les souvenirs qui me restent des derniers  mots / moments du lieutenant Bernard, mon ami, mon camarade de campagne.

En terminant, permettez-moi de vous exprimer l’expression de la profonde sympathie que je garde pour votre famille et de vous assurer du concours de mes pauvres prières pour le repos de l’âme de votre mari.

 

                                                                  Vincent Leclerc

 

Sa fiche matricule précise «tué à l’ennemi» à «Ste-Marguerite» dans l’Aisne.

 Article produit grâce aux recherches menées par Serge Hoyet en octobre 2016

 Faciliter le prolongement de la mémoire familiale pour des soldats tombés au loin, la tombe de Louis-Georges Bernard du 45e BCP

Le fleurissement du 11 novembre 2014 complète celui des Anciens Combattants

Le fleurissement mené de la part de Mme Carminati le 3  novembre 2017

par Soissonnais 14-18 complète

celui de la Toussaint auprès de toutes les tombes militaires du cimetière.


 

 

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