A la mémoire de ces soldats fusillés pour l’exemple - Confrecourt s'expose au Luxembourg avec Michael St Maur Sheil -

 



Publié par l'Union le 07/12/2014 par T. de Lestang Parade, photos JM Champagne

L'union-L'Ardennais

Six soldats ont été fusillés pour l’exemple à Nouvron-Vingré en 1914. Le centenaire de l’événement a été commémoré ce samedi lors d’une cérémonie en présence des familles.



Pour cette commémoration du Centenaire, toutes les générations, et les familles, se sont retrouvées.

Il y a ensemble la descendante de l’un des bourreaux et puis les proches des victimes. Cette scène, discrète et apaisée, s’est déroulée hier à Vingré pour le centenaire d’un drame. Six soldats du 298 ème régiment d’infanterie ont été fusillés pour l’exemple en 1914. Les trois cents personnes présentes sont alors peu nombreuses à percer la force de ce symbole. Il n’est, d’ailleurs, jamais mis en avant lors de la cérémonie.Une façon de s’éloigner de la mise en scène lors de ce rendez-vous organisé par le conseil général, en partenariat avec la commune de Nouvron-Vingré et l’association Soissonnais 14-18.

Claire de Villaret, arrière petite fille du général, qui favorisa l’éxécution, n’a découvert l’existence de ce drame qu’il y a cinq ans à peine. «  Je suis bouleversée et très en colère contre mon arrière grand-père. Je commence à m’apaiser. Aucune des familles ne me rejette » souligne cette petite dame à la peau très pâle et aux yeux embués. Elle a prévu de revenir pour mesurer la douleur liée à la perte brutale d’un être cher, fauché dans sa jeunesse. Les victimes étaient des héros ordinaires, des combattants surtout malchanceux.

Cinq familles des soldats sont venues. Elles sont unies par le sang, une lointaine injustice qui les lie comme un serment. «  C’est la troisième fois que je me déplace. Je ressens à chaque fois de la tristesse » raconte Eliane Gaillat, 76 ans. Son grand-père, Francisque Durantet, est l’un de ceux qui est mort face à ces camarades qui l’ont tué sur ordre. L’émotion est aussi intense en rencontrant Jean-Claude Pettelet, petit-fils de Claude, l’un des six martyrs. «  J’ai toujours vécu avec son souvenir. Au dessus de mon lit d’enfant, j’avais son certificat de réhabilitation ».

Jean-Luc Pamart, président de Soissonnais 14-18, un conteur érudit sur la tombe Amory, les civils fusillés français de septembre 1914

La tragédie est gravée dans la pierre

Fierté et modestie

En plus des descendants des Poilus sacrifiés , le public a pu apercevoir les proches de Claudius Lafloque, qui avait tout entrepris pour que la justice permette aux fusillés de retrouver leur honneur. «  Je suis fière de mon arrière grand-père et de sa modestie. Il ne parlait jamais ce qu’il avait fait » dit Véronique Ceyssat.

Un combat qui avait associé l’avocat Jean Nicolaÿ. Cette personnalité était aussi notamment représentée par son petit-fils.

C’est l’occasion unique de mesurer l’impact de l’histoire sur des êtres d’aujourd’hui. Les cicatrices ne sont pas guéries. On ne se soigne pas d’une tragédie. Alexandre Descours, un laïque consacré, a passé la nuit à prier dans le dernier refuge des soldats fusillés, une petite cave. «  Je suis saisi par le courage de ces hommes ».

L’émotion de la famille Pettelet sur le site commémoratif du soldat fusillé

Claire de Villaret, arrière-petite fille du général de Villaret concerné par l’exécution

Et la vidéo de FR3 Picardie où l'on retrouve quelques prises de vues du 6 décembre 2014

 

Confrecourt s'expose au Luxembourg avec Michael St Maur Sheil

Confrécourt s'expose au Luxembourg grâce au travail photographique de Michael St Maur Sheil entrepris dans l'Aisne dès 2012

Une exposition de photographies
sur les champs de bataille de 14-18
au jardin du Luxembourg
 
Antoine Flandrin , Le Monde, Centenaire 14-18, 9 avril 2014

Beaumont-Hamel (Somme) vu du ciel : tranchées britanniques et trous d’obus allemands.

A l’occasion du centenaire 14-18, le Sénat organise du 4 avril au 3 août une exposition sur les grilles du jardin du Luxembourg consacrée au travail photographique de Michael St Maur Sheil sur les champs de bataille de la première guerre mondiale. Une carte géante du front occidental est installée dans le jardin du Luxembourg.
Avant de vous concentrer sur la première guerre mondiale, vous avez travaillé sur les troubles en Irlande du Nord, la mémoire de la Shoah, la traite des enfants en Afrique de l'Ouest. Comment est née l'idée d'organiser une exposition de photographie sur les champs de bataille de la première guerre mondiale ?

Michael St Maur Sheil : J'ai visité pour la première fois un champ de bataille il y a une quinzaine d'années avec mon père. Nous sommes allés à Dunkerque (Nord) où il s'était battu pendant la seconde guerre mondiale. Il y revenait pour la première fois depuis plus de cinquante ans. J'ai été fasciné par sa parfaite mémoire des lieux. L'idée d'entreprendre un travail photographique de grande ampleur sur les champs de bataille est véritablement née en 2006 lorsque j'ai fait la rencontre de Richard Holmes, spécialiste d'histoire militaire britannique. Il m'a demandé d'aller dans le nord de la France photographier des champs de bataille de la première guerre mondiale pour lui. En tant que photographe de paysages, c’était pour moi un nouveau défi. Les travaux du photographe JS Cartier commencés il y a plus de trente ans m'ont fortement marqués. Son long travail de recensement photographique des vestiges de la Grande Guerre encore visibles et de plusieurs survivants a été une source importante pour préparer mon travail.

Une fois sur place, je me suis rendu compte de l'étendue de ce sujet que je connaissais très mal. Richard Holmes et moi nous sommes dit qu'il serait intéressant d'entreprendre un travail de documentation sur les champs de bataille du front occidental dans la perspective du centenaire. Il m'a guidé dans mes recherches, dans l'exploration et dans le recensement. C'est aussi lui qui m'a encouragé à ne pas limiter mon travail au front occidental et à explorer d’autres champs de bataille : le front italien, les Balkans, la Pologne, Gallipoli, l’Afrique orientale. Malheureusement, il est mort en 2011.

Au cours de ces huit années de travail, j'ai eu aussi l'occasion de faire des rencontres déterminantes, dont celle de Laurent Loiseau, commissaire de cette exposition. Sans lui, celle-ci n'aurait pas été possible. L'idée d'une exposition de rue, gratuite, accessible à tous, était très importante. Le centenaire doit être l’occasion pour tous de se souvenir que des milliers et des milliers d’hommes sont tombés sur ces champs de bataille. Ce principe sera repris à Londres : les photos seront accrochées sur les grilles de Saint James Park à partir du 4 août prochain.

Près de quatre-vingts photos sont exposées sur les grilles du jardin du Luxembourg. Comment avez-vous fait votre choix ?

Le travail qui est montré ici concerne surtout les champs de bataille du front occidental : Ypres, la Somme, le Chemin des Dames, Vauquois, l’Hartmannswillerkopf… J’ai voulu montrer le champs de bataille tel que le voyait le soldat : à hauteur de tranchée. La plupart des photos ont été prises à plat ventre. Pour certains champs de bataille comme Vauquois (Meuse) ou Beaumont-Hamel (Somme), la photo aérienne s’imposait pour rendre plus visible les tranchées et les cratères d’obus. Pour d’autres, j’ai opté pour les effets de plongée avec un grand angle. Je suis revenu plusieurs fois dans chaque endroit car j’ai voulu faire sentir les saisons, la brouillard à l’aube, l’eau, la neige, mais aussi la tombée de la nuit. La lumière est très importante. Elle permet de restituer l'émotion de la tragédie. Pour obtenir la bonne lumière, j’ai parfois attendu toute une journée. Je me souviens d’avoir poireauté neuf heures sous la pluie à Messine en Belgique. A la fin de la journée, un arc en ciel est apparu au-dessus du champs. C’est comme si une lumière rouge était sortie de terre. Pour moi, c’était la photo parfaite.

Portfolio : Le travail photographique de Michael St Maur Sheil « Fiels of battle – Terre de paix 1914-1918 » sur le site de la Mission du centenaire

Ballon de football crevé au milieu de ce qui fut un no man's land, vestiges de munition disposés à l'orée d'un champ, casque de poilu apposé sur une tombe... La mise en scène est très présente dans vos photographies. Pourquoi ce choix ?

Ces objets racontent tous une histoire. Photographier ce ballon de football crevé posé au milieu de ce champ fut pour moi un moment extrêmement fort. Tout à coup, j'ai imaginé ces soldats lancer l'assaut. Lors de la charge du 25 septembre 1915, le London Irish Rifles galvanisa ses troupes en shootant dans ce ballon de football. Malgré la défaite, il fut conservé, avant d'être déposé à l'Imperial War Museum de Londres. Cent ans après, les soldats ont disparu. Je suis revenu avec le ballon pour leur rendre hommage. La mise en scène n'est pas toujours préméditée. Il arrive aussi qu'en marchant sur le front, on trouve des vestiges de munitions en attente de collecte.

Selon vous, l'hommage aux combattants disparus ne doit pas empêcher pas le regard vers l'avenir...

Ce que nous voyons sur ces photographies, ce sont des champs sur lesquels des batailles se sont déroulées. Je ne cherche pas à montrer l'horreur de la guerre. J'essaie simplement de montrer que cent ans après, la nature a repris ses droits, pansé ses cicatrices, les hommes, eux, sont toujours là et ils se souviennent. Les photos des paysages pacifiés donnent ainsi corps aux destins unis des nouvelles générations.

Notre infatigable reporter de l'association, Alain, s'est rendu au jardin du Luxembourg pour admirer ces photographies , suivons-le !

En septembre 2017 ses clichés s'exposent en Belgique, près de Ypres, dans l'église de Zoonebeke. Merci à notre ami Wim Degrande pour ce clin d'oeil photographique :
Cliché Wim Degrande,septembre 2017
Cliché Alain Puech, octobre 2017
Cliché Alain Puech, octobre 2017

REACTIONS :

par Wim_Degrande le 05/09/2017 @ 20:51
Belle exposition dans l'église de Zonnebeke, pas loin de Passendale (Passchendaele, ou pour les soldats dans le temps "Passion Dale", ravin de douleur), région d'Ypres (Ieper). Des photos pour admirer en prenant du temps pour regarder, photo par photo, dans la silence de l'église...Parfois le paysage mutilé dit plus qu'un tas de données militaire-techniques.
cordialement,
Wim Degrande
www.argonne1418.be


par Michael_Sheil le 03/10/2016 @ 13:01
Pardonez-moi pour mon 'franglais' execrable.
Merci pour votre article au sujet do mon exposition. Pour moi, la Chapelle de Pere Doncoeur est une des vestiges de la premier guerre mondiale les plus incroyable et emotif. Le travail des Amis de Soissonaise et Jean-Luc Pamart c'est tres important  pour l' histoire et je suis tres honorer pour le permission d'entre dans cette terre sacree.
Cordialement
Mike Sheil

par Serge le 22/04/2014 @ 14:49
Bravo Alain pour ce reportage. On voit le coup d'oeil du pro pour saisir le moment insolite.

On en redemande !

 

 

 

Réagir à cet article